Défaillante et fière de l’être !
Vous a-t-on déjà dit que vous êtes défaillante, ou que vous l’avez été, dans votre vie privée et/ou professionnelle ?
Et bien moi, oui. Ce mot a une connotation négative et une forme de puissance qui empêche toute explication et qui invite à la justification. Comme un juge perché sur sa chaise, qui vous observe, vous, le défaillant ; cela claque comme un jugement final. Qu’une fois ou plusieurs vous ayez été défaillante, « comme dit l’autre », cela vous détermine et vous est systématiquement plaqué sur le visage au cas où nous l’aurions oublié.
Souvent, vous remarquerez que c’est l’autre qui vous étiquette ainsi. Vous, qui avez manqué à vos devoirs, à vos obligations… tel un soldat qui déserte. Non, vous ne faites pas partie des héros ou des héroïnes. Vous êtes de l’autre côté.
Défaillant, cet adjectif, quel est son sens premier ? D’après le dictionnaire de l’Académie française, il vient du verbe défaillir. Issu du latin fallere : « tromper, manquer à sa parole, faire défaut ».
Alors oui, j’ai fait défaut. J’ai manqué de vigueur physique, morale. J’ai chancelé et parfois j’ai été absente. Je n’ai pas rempli avec l’efficacité voulue par l’autre, ma fonction, mon rôle.
Mais dans ces moments-là, j’ai été honnête : je suis restée fidèle à moi-même et je me suis fait passer en premier. Car ma survie en dépendait. Je me battais avec mes démons intérieurs, dans cette période où je vivais un clair-obscur où l’obscurité gagnait du terrain. À chaque faiblesse, l’ombre me ramenait dans son giron.
Ce que je vous raconte n’est pas très « sexy », mais parle d’une réalité : les attentes des autres face à nos propres besoins. Je préfère aujourd’hui que l’on m’ait pointée du doigt comme « défaillante ». Car cela signifie que je les ai déçus et que l’autre attend désormais, après ce jugement, une garantie de non-répétition.
Cette garantie, je ne peux pas la donner. Je ne le veux plus.
Parce qu’exiger de ne jamais faillir, c’est exiger de ne pas être vivante. Si j’ai été défaillante à vos yeux, c’est que j’ai enfin accepté d’être fidèle à moi-même. Aujourd’hui, je porte ce mot comme une décoration. Ma défaillance n’était pas un manque de vigueur, c’était un acte de survie. C’était le moment où j’ai cessé de nourrir les attentes des autres pour protéger ma propre étincelle.
Alors oui, pointez-moi du doigt.
Si ne plus s’oublier signifie être défaillante, alors je le suis.
Et j’en suis fière. Parce qu’au milieu de mes manquements, j’ai trouvé ma liberté : celle de chanceler, de tomber, et surtout, de me relever sans avoir à m’en justifier.
Et vous, quelle est cette « défaillance » qui vous a finalement sauvée ?
© 2026 L’Éclaireuse — Tous droits réservés. Textes et images protégés.

